« Histoire d'un Jour »

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Plusieurs vies : l’ennui

Filed under: Ma vie — Jarod_ à 23:22 le Lundi 28 novembre 2011

Voulant faire un cursus d’ingénieur j’avais cherché une de ces écoles plutôt bonnes, mais pas trop chères. C’était alors dans la petite ville de Lannion que j’atterrissais : 19 000 habitants, à quelques kilomètres de l’océan, un endroit typiquement breton. Le contraste avec Toulouse était saisissant…

Je commençais cette aventure par chercher un appartement. Mes parents, toujours dévoués, étaient partis une journée avec moi pour visiter les biens encore disponibles à la fin Août. Malheureusement il n’y avait pas grand chose et tout ce que j’ai pu dégoter était un appartement plutôt spacieux, mais avec deux colocataires, eux aussi étudiants dans mon école. Après tout, pourquoi pas tenter la colocation tant vantée dans les séries et autres films ? De ce point de vue, je dois dire que l’expérience fut limitée puisque nous restions chacun dans nos chambres. Pour ma part, j’ai vite compris que si je veux socialiser alors je sors de chez moi, sinon je préfère m’enfermer dans mon univers. Du coup, je ne faisais que croiser mes deux garçons de coloc’, sans même partager un repas ou un autre moment du genre !

Durant cette année, j’avais pour la première fois l’ADSL à la maison ! A l’époque c’était encore les débuts et nous devions avoir 512 ko. Déjà une révolution qui me permettait de passer de (très) longues heures à jouer à Unreal Tournament avec d’autres tchateurs d’IRC. Je m’éclatais à ce jeu à dégommer les autres, à me déplacer dans des univers loufoques, à stresser de voir débouler l’ennemi. C’est aussi là que j’ai commencé à me mettre aux séries TV. L’ADSL permettait un meilleur débit et donc de télécharger plus facilement.

Mais tout n’était pas que divertissement ; loin de là même. J’étais quand même parti dans ce petit coin de Bretagne pour étudier…. Et j’allais y consacrer un temps impressionnant. Jamais je n’eus autant bosser ! Il faut dire que si je m’en sortais plutôt bien aux TD/TP, il en était tout autre pour les partiels théoriques où j’avais des notes abyssales. Bien loin de ce que j’ai pu avoir durant mes années scolaires précédentes. Du coup je me suis mis un bon coup de cravache au point de passer mes week-ends à l’école, dans ces salles de classe vides, à étudier. L’école est bâtie à l’intérieur d’un ancien monastère, ou truc du genre : les locaux étaient donc de toute beauté. Mais il n’empêche que passer des heures et des heures dans une salle à bosser, cela fut un vrai cauchemar. Je me souviens des grandes baies vitrées, du silence, du froid. De ce ciel qui affichait le soleil le matin, la neige à midi, et la pluie l’après-midi.

En dehors de mon apprentissage, je continuais mes activités associatives. Je co-gérais la cafétéria des étudiants, j’aidais le BDE local, et je pratiquais la danse. Bien sûr je suivais la journée d’intégration et le week-end qui l’accompagnait car ce sont des moments fraternels que je trouve important de vivre. D’autant qu’à Grenoble, j’avais apprécié de rencontrer de chics types grâce à ces moments « difficiles » qu’on partage. Cette fois-ci les épreuves n’étaient pas plus dures, mais plus alcoolisées… Et mon petit corps frêle (de l’époque!) a pris cher en bière, tellement que je me suis allongé à un moment pour être seulement réveillé quelques heures plus tard par des deuxième années. Ils étaient deux à me tenir de chaque côté. Je m’en souviens encore assez nettement. Nous étions en haut d’un haut escalier. On me disait d’avancer. Je voyais mes pieds. Mon cerveau leur commandait de descendre les marches. Mais rien à faire, elles n’obéissaient pas… Finalement ils ont réussi à me mettre dans une voiture et à me déposer chez moi. Je tombais sur mon lit, laissant l’ivresse m’emporter deux heures de plus… Et puis, Bacchus a dû prendre pitié de moi et je me suis réveillé, levé, puis parti à la fête organisée le soir même, comme si de rien n’était ! « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé »
Quant à notre week-end entier, il se faisait dans des bungalows en bord de mer. La seule chose dont je me souvienne encore aujourd’hui, c’est que la bière était omniprésente. Au point que le matin au réveil on nous en servait. Depuis lors j’évite cette boisson… enfin j’essaie !

Si la ville était rikiki, je dois dire que l’océan tout proche était un délice. Je ne me baignais pas, mais les côtes d’émeraude valaient le déplacement. J’aimais bien me poser sur ces énormes cailloux, à leur sommet, puis bouquiner, face à la mer. Un vrai bonheur.
Mais qui dit petit ville perdue, dit une gay-titude bien amoindrie, voire inexistante. Il y avait bien ce mec dans ma classe qui m’a avoué qu’il était homo ! Quelle surprise. Il était l’archétype même du pédé que j’avais connu : toujours mal sapé, sale, alcoolisé, … Il aurait pu décrocher la médaille de la bofitude sans problème. Quel choc… Mais heureusement pour moi la Capitale n’était pas loin et en une poignée d’heures le TGV me déposait à Montparnasse, et sur un monde aux milles facettes.

J’avais quelques amis de Toulouse qui étaient venus vivre à Paris. Cela m’a permis d’avoir toujours un endroit où crécher et des endroits où faire la fête surtout ! On allait au Scorp, aux Folies, au Queen, au Banana, et sûrement dans d’autres coins dont je ne me souviens pas. J’ai toujours été très sage, même si ma langue en rencontrait parfois une autre au détour d’une musique, mais je ne buvais pas tellement, et surtout je ne prenais aucune drogue. A cet âge là j’avais la forme, et je rentrais sans soucis à la fermeture, à 6h, lorsque le soleil brille déjà.
Je pense que c’est aussi durant cette période que j’ai retrouvé mon premier petit copain qui vivait aussi à Paname. Mais je le retrouvais dans des circonstances moins glorieuses puisqu’il avait fait une tentative de suicide. Et c’est finalement moi qui me suis retrouvé à l’hôpital, à signer des documents pour l’autoriser à sortir. Une scène assez surréaliste qui est aujourd’hui encore assez vague dans mon esprit…

Lannion se fut donc quelques bons souvenirs (surtout quand j’en partais!), et d’autres plus sombres. Parce que les études ne marchaient pas. Parce qu’après avoir vécu dans un monde de paillettes arc-en-ciel, j’étais plongé dans un monde froid et en noir et blanc. J’ai aussi une anecdote que je conserve dans ma mémoire. C’était le jour de mes 21 ans. Seul, sans trop d’amis, je décidais de prendre ma voiture pour une virée au bord de l’eau. Je roulais, les yeux humides, sur les petites routes. Lorsque j’arrivais à un rond-point, je pris la priorité. Sauf que ce n’était pas un carrefour classique, mais un de ceux où la priorité est à celui qui entre, et non celui qui tourne. Le chauffard qui a dû ralentir s’énerva. Il me fit des appels de phare. Klaxonna. Puis me doubla et me bloqua la route. Je commençais à paniquer. Un homme de la cinquantaine sortit du véhicule et vînt vers ma Nissan Micra. Il commença à hurler et à taper contre ma vitre. Je passais alors la marche arrière et commençais à détaler. Finalement le fou regagna son véhicule et s’en alla…. Bref, un anniversaire merdique.

Fin d’année. Je reçois mes notes. Je suis avant avant avant dernier. Le choc est rude car je n’ai pas l’habitude. Mais finalement je me dis que c’est pour le mieux, car cette année bretonne ne fut pas des meilleures. Ainsi je cherchais une nouvelle destination, et c’est l’IUP d’Avignon qui m’ouvrait ses portes, pour de nouvelles expériences…

——
Je vais parler brièvement d’un évènement. Le 11 Septembre 2001. J’étais à Saint-Étienne chez mes parents. J’allume la télévision et je vois le journal, édition spéciale, sur toutes les chaines. Ma mère est à côté, dans la cuisine. Je vois la première tour en feu. Je m’assois et j’appelle ma mère. On regarde ensemble les images lorsque le deuxième avion percute la seconde tour…
Je suis sûr que cet évènement a changé la vie de beaucoup de monde. Pour moi, je ne peux pas vraiment dire ça. Évidemment le choc des images reste dans ma mémoire, mais je ne pense pas que cela ait créé de le peur ou de la haine en moi en tout cas…

2 commentaires »

Commentaire by Amanda Hinault

5 décembre 2011 @ 01:21

:’( Je suis désolée que ton expérience lannionnaise ait été si mauvaise, tu en parles régulièrement donc ça a du vraiment te marquer. J’ai l’impression à te lire que ce n’est pas juste à cause des études, tu y étais un peu trop seul non ? Peu difficile à imaginer d’ailleurs.

Commentaire by Jarod_

5 décembre 2011 @ 10:18

En effet j’y étais seul, je bossais comme un fou pour finalement n’avoir aucun résultat, et aussi un fort contraste par rapport aux mois passés à Toulouse où j’étais complétement dans les paillettes…… ^^
Mais malgré tout je garde un bon souvenir de la Bretagne, même si d’un point de vue moral, ce n’était pas le top à cette période !

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